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Au début du siècle, l'Annuaire de la Guadeloupe signale que de 1883 à 1903, " les bibliothèques de Guadeloupe recensées sont au nombre de cinq. Elles sont établies à la Basse-terre, à la Pointe-à-Pitre, au Moule, au Grand-Bourg et à Saint - Barthélémy ".
Mais, en 1913, le Gouverneur Merwart présente au Conseil Général, un rapport sur la réorganisation des bibliothèques et Musées, tombés en déshérence. Le Gouverneur fait d'abord état de ce qui existe : le Musée Schoelcher, le musée l'Herminier (reconstitué par le Docteur Vitrac, à la suite de l'incendie qui l'avait ravagé) et le Musée communal qui vient d'être créé, tous les trois à Pointe-à-Pitre. " Cet ensemble " ajoute le rapporteur, " serait à compléter par une bibliothèque publique ", qui par conséquent n'existait pas ou plus.
La même remarque vaut pour Basse-Terre où, selon le Gouverneur, il conviendrait d'installer une bibliothèque publique.
Monsieur Merwart, propose également que les trois musées et les deux bibliothèques soient considérés comme un ensemble culturel " complet et stable ", placé sous le patronage d'un Comité permanent constitué de délégués du Conseil Général, des conseillers municipaux de Pointe-à-Pitre, et de notables qualifiés pour leurs mérites intellectuels.
En 1917, quelques jours avant de quitter définitivement la Guadeloupe, Mr Merwart, fait prendre une série de mesures à caractère culturel : protection des sites, classement de monuments historiques et création d'une bibliothèque à Basse-Terre et à Pointe-à-Pitre.


Le nouveau Gouverneur, Jocelyn Robert qui ne fait nulle référence au vote de 1917, décida quant à lui, l'ouverture d'une bibliothèque publique à Basse-Terre (dans l'ancienne régie des Tabacs).
De la même façon, le 23 septembre 1923, une autre bibliothèque voit le jour, installée à l'hôtel de ville de Pointe-à-Pitre.
Monsieur Petit Lebrun est nommé à Pointe-à-Pitre bibliothécaire jusqu'en 1924, où il est remplacé par Monsieur Gilbert de Chambertrand, également photographe et journaliste.

Interrogé par messieurs Fortuné et Lara, Gilbert de Chambertrand déclare : " Je n'aurai pas grand chose à vous dire sur les quatre années où j'ai eu l'honneur d'être bibliothécaire à Pointe-à-Pitre, si ce n'est qu'elles furent sans histoire, que je me souviens y avoir fait entrer plusieurs œuvres d'Anatole France, et mes fonctions prirent fin brutalement avec le cyclone de 1928, qui avait dévasté les locaux ".
A part cela, j'eus l'occasion d'y recevoir des lecteurs assidus et agréables, parmi lesquels, je citerai avec plaisir Paul Valentino, qui fut par la suite Maire et Député…. "
En 1939, on discute à nouveau des bibliothèques au Conseil Général. Monsieur Rinaldo signale que " le public ne fréquente guère la bibliothèque de Pointe-à-Pitre. Pour ma part, j'ai eu souvent l'occasion de demander des ouvrages à la bibliothèque de Pointe-à-Pitre et je n'ai pu les obtenir, parce qu'on ne les recevait pas… ". Il réclame donc un accroissement de la documentation des ouvrages et des revues.

En 1944, le Gouverneur Bertaud est l'artisan de la renaissance des bibliothèques. Il écrit dans la " Revue Guadeloupéenne " qu'il vient de créer, " j'ai été surpris et peiné de constater qu'il n'y a pas de bibliothèques publiques en Guadeloupe…A Pointe-à-Pitre, il y a ce qu'on appelle la Bibliothèque Schoelcher, qu'il vaut mieux passer sous silence ". Il annonce sa décision de créer deux bibliothèques à Basse- Terre et à Pointe-à-Pitre.
Un inventaire est ordonné et réalisé par Monsieur Watcher. A Pointe-à-Pitre, en 1942, " la bibliothèque Schoelcher s'avère en grand état d'abandon. Elle compterait 3000 ouvrages. Il existerait aussi à Pointe-à-Pitre une bibliothèque au Musée social colonial (émanation des syndicats et de la Mutualité) abritant des livres, des brochures, des journaux, et des pièces d'archives relatives aux Antilles et à la Guyane ".
Le vrai départ des bibliothèques publiques de Guadeloupe se situe dans les années 1950 - 1957.
A Pointe-à-Pitre, la bibliothèque départementale continuera d'être logée à l'étage du Musée Schoelcher. Parallèlement une bibliothèque municipale est créée par la nouvelle municipalité, en 1959 et est installée rue Achille René Boisneuf, dans la Mairie où une petite pièce est transformée en modeste salle de lecture que l'on appelle déjà " bibliothèque ". Monsieur Jacques Beaumatin, professeur d'anglais, conseiller municipal et bibliophile averti en est le responsable.

Il s'attache à l'enrichir non seulement de livres classiques indispensables, mais aussi d'ouvrages anciens sur les Antilles qu'il se plait à rechercher lors de ses séjours en Métropole. Ce fonds ainsi constitué sera ultérieurement complété par le Fonds " Bogat ".
Pourtant, Mr Drouhet, Conservateur de la bibliothèque centrale de prêt de la Réunion, en mission en Guadeloupe la décrit comme étant " anarchique au regard de la bibliothéconomie moderne, mais manifestant une certaine activité (20 à 30 lecteurs par jour) ". Elle comptait 200 abonnés et 6000 ouvrages.
Consécutivement à cette mission, on recrutera des professionnels titulaires au Certificat d'Aptitude aux Fonctions de Bibliothécaire.
Malgré l'agrandissement de ses locaux, en 1965, la bibliothèque ne peut recevoir sans difficulté les nombreux lecteurs. Le jeudi après-midi, en particulier, les quarante places assises sont insuffisantes…
Une annexe est donc ouverte dans l'ancienne maison de Friberg, située à l'angle des rues Bébian et Alsace Lorraine, sous l'impulsion convaincante d'une jeune employée municipale, passionnée par les livres, Yolande Ernatus.


Rue Darbaud rebaptisée Achille René Boisneuf
-cliquez sur l'image-

Rue Achille René Boisneuf - années 60
-cliquez sur l'image-
La magnifique maison est achetée et restaurée par la Municipalité. Le rez-de- chaussée est réservé à des salles de classe, et le premier étage à la bibliothèque. Les hauts plafonds, les grandes portes et la vaste galerie qui caractérisent ces maisons de style, donnent à la bibliothèque un charme particulier, dont bon nombre d'étudiants se souviennent encore.
En 1968, la Ville entreprend l'extension de son réseau de bibliothèques, aux quartiers. Ainsi cette année 1968 voit la naissance d'une annexe à Lauricisque, une autre est en création à la cité Malraux, et le projet d'ouverture à Chemin Neuf est à l'étude.
En août 1970, c'est la bibliothèque Saint -John Perse qui fut créée au Centre Rémy Nainsouta, récemment installé dans les locaux de l'hôpital militaire. Première bibliothèque exclusivement dédiée au domaine caribéen, elle offre près de 4000 ouvrages aux chercheurs, aux étudiants et à tous les lecteurs intéressés.

Cette même année, la bibliothèque de Chemin Neuf, dont l'aménagement avait été prévu deux années plus tôt, voit le jour. Elle est d'abord installée dans l'enceinte de l'école du quartier puis déplacée en 1984 dans une petite maison. Elle compte alors un fonds de 5000 ouvrages d'intérêt général. Elle retrouvera sa place dans l'enceinte de l'école lors de la construction de la nouvelle cité Raphaël Cipolin en 1991. Elle est souvent citée en exemple, pour sa gestion bicéphale réussie (Ville de Pointe-à-Pitre - Education Nationale).
En 1971, la bibliothèque de la Cité Chanzy ouvre à son tour, puis en 1973, celle de Louisy Mathieu.
En 1975, le Centre José Marti, siège de l'Office Municipal de la Culture, équipe chacun de ses trois étages, d'une bibliothèque spécialisée :
- au premier niveau, la bibliothèque Solitude qui est créée et gérée par l'Union des Femmes Guadeloupéennes et compte près de 2000 documents sur la famille, et la femme
- au deuxième étage : le Centre marxiste Léniniste avec 4000 documents de droit, politique, sciences économiques et sociales
- Au troisième étage était le centre d'Amérique Latine avec 2000 ouvrages romans et documentaires portant sur l'Amérique Latine et une abondante documentation cubaine
En 1977, la bibliothèque jusqu'ici située à la rue Achille René-Boisneuf est transférée place Camille Desmoulin, dans les locaux " Sopico "


Elle ferme ses portes (provisoirement) en 1984, avant de pouvoir réintégrer les locaux rénovés de l'ancienne mairie, en 2004
En effet, après son classement " Monument Historique ", près de dix années de restauration par les Bâtiments de France et quelques années supplémentaires pour l'aménagement technique seront nécessaires pour qu'elle devienne un équipement culturel alliant tradition et modernité.
Elle comptait à sa fermeture plus de 20 000 ouvrages soigneusement répertoriés par Mesdames Thomiris et Thôle

En 1978, avec l'ouverture du Centre des Arts et de la Culture, la bibliothèque Jacques Roumain est inaugurée avec plusieurs particularités :
- proposer un fonds de littérature de jeunesse
- disposer d'un fonds d'arts et notamment un fonds documentaire lié au cinéma
- conserver dans un local protégé le " Fonds Bogat " complété depuis par l'acquisition par la municipalité, de la bibliothèque de Mr Raphaël Bogat, (bibliophile éclairé et passionné d'histoire antillaise il possédait cette bibliothèque exceptionnelle qui comptait notamment les ouvrages de grande valeur comme l'édition originale du " Nouveau Voyage aux Isles de l'Amérique : 1693 - 1705 ")

En 1988, le docteur Béroard, cinéaste amateur fait don de sa cinémathèque, et de sa photothèque, à la bibliothèque. Des images uniques sur la Guadeloupe des années 50, 60 et 70 sont ainsi entrées dans les collections.
On peut également noter le don post- mortem du Professeur Max Chartol, professeur d'Histoire de documents sur la vie politique et sociale guadeloupéenne des années 70 et 80 ainsi que celui du Docteur Péricarpin. Des documents qui ajoutent à la richesse du Fonds Bogat.
Les années 1980 voient la fermeture des bibliothèques de Chanzy et Lauricisque( en raison de problèmes d'insécurité) et l'ouverture de celle de Mortenol en 1982.
En 1999, la rénovation du Centre José Marti permet la fusion des bibliothèques Solitude et Centre marxiste Léniniste, alors que le fonds d'Amérique Latine rejoint celui de la bibliothèque Caraïbe du Centre Rémy Nainsouta.

Sources :
- Bulletins municipaux de la Ville de Pointe-à-Pitre, 1966 - 1968 - 1970 - 1973 - 1979 - 1982
- Chronique des Bibliothèques en Guadeloupe de 1795 à 1967, Bernard Grelle
- Rapports annuels des bibliothèques de 1977 à 2000
- Différents rapports d'activités de la bibliothèque de Pointe-à-Pitre